Mes Fautes

Scolarité excusée, les fautes sont là, parfois trop, parfois pas tellement. il y a toujours une raison. Est-ce que faire des fautes d'orthographes est si grave, est-ce ma cervelle molle qui n'est pas assez hydratée, fainéante ? On n'en a entendu des conneries.

J’ai appris à lire avec un monsieur Jarjat. J’ai appris assez vite, pas aussi vite que Monsieur Pagnol, mais c’est venu flex. L’écriture, je ne me souviens plus. Je suivais bien les cours, j’étais en dernière année de maternelle, je connaissais mon calendrier, les couleurs. Les maths, je crois que je n’ai jamais compris pourquoi un et un font deux et pas 11.

Mais les trois années qui ont suivi, j’ai été lourdée par deux instits. Lourdée par des trucs que je vivais aussi. Des fois, je me perdais dans mon village et j’essayais de faire des bêtises que je n’ai jamais faites. Je savais pas trop pourquoi j’allais pas bien.

J’ai appris à écrire des mots et des lettres, sans écouter ce que je disais ou sans lire ce que je lisais dès que j'ai été avec ce premier instit. Je lisais « vite », j'écoutais mes histoires dans les livres, j'ai tout retenu.

Et puis, ean-Pierre était sûrement terrorisé par son métier. Peut-être était-il heureux d'être l'autorité suprême, sans savoir que l'autorité ne se gagne jamais sur des enfants dotés de l'innocence absolue. Jean-Pierre n'a jamais appris qu'on ne s'attaque pas « à plus petit que soi ». L'autorité et la puissance dont il avait besoin étaient en train de détruire tout ce qu'il avait en lui, et tous ces enfants qu'il ne supportait pas.

Je me souviens qu'il me regardait de loin, sans arrêt. En dessin, je coloriais un Père Noël de merde. Le rouge était trop gras, il faisait des traces. J'ai commencé à pleurer. Je pleurais souvent, même avant qu'il n'arrive. Alors il se mettait à parler fort. Il me tirait les oreilles. Hop, une targette sur la tête. Ma mère m'avait parlé d'un dictionnaire ; je ne m'en souviens plus très bien. Il restait planté près de mon bureau en bois jusqu'à ce que ma peur de lui s'installe pour trois jours. À la récréation, je n'arrivais plus à avancer dans ce carré noir enfermé par un grillage. J'arrachais les feuilles du lilas et j'attendais. Il était beau gosse, J-P. Il avait un côté Salim des années 1980 : veste en cuir, chemise à carreaux. Que doivent vivre ces gens pour avoir besoin de transmettre, sans fin, l'héritage de leur bêtise ? Quel âge a-t-il aujourd'hui ? A-t-il été heureux dans sa vie ? Je ne sais pas si Julien, Thomas, Galhite sont allés le voir, eux aussi. Julien m'avait confié qu'il y pensait encore. Je ne sais pas avec qui, ni comment, ni jusqu'à quel point Jean-Pierre était violent. L'histoire des baffes qui n'auraient jamais tué personne... Mes enfants, les baffes ne viennent jamais seules. Elles sont accompagnées de haine, de mépris, de domination, de perversité. Elles portent avec elles un héritage de violence, transmis de génération en génération, une bêtise punitive infligée aux enfants. Figurez-vous que je crois en la violence. Quand elle se venge. La violence contre un enfant, quand on ne sait pas faire autrement, est le visage d'une faiblesse absolue. Une faiblesse qui laisse des traumatismes immenses. Il n'est pas le seul responsable de mes fautes ni de mes ralentissements de vie. Mais je retrouverai sa tombe, un jour.

, mais à un moment de ma lecture, j’étais incapable d’écouter ce que je lisais. Je croyais que tout le monde était comme ça. À la BCD, on lisait un truc à la con, elle me demandait : « T’as lu quoi, là ? De quoi ça parle ? » « Mais qu’est-ce que j’en sais ??? J’ai lu, je peux pas écouter. » Je savais pas que ça s’appelait la dyslexie.

Pour moi, c’était une excuse aux profs de merde et une vie aléatoire qu’on colle aux cons.

Je passais entre les gouttières de ces lignes, pourtant mon graphisme m’a rattrapée, j’ai compris le truc et j’ai fini par avoir une écriture sympa.

Les notes de musique, je les reconnais de loin et de près, je lis facilement la musique, les notes sont là, elles.

Aussi, mais je lis plusieurs fois « clavicule », « canicule » et « clivant ». C'était marrant sur twitter pendant le buzz invraisemblable de "Clavicule", le masculinistes en vadrouille à Paris. Son nom ressortait systématiquement en canicule, car je lisais souvent canicule sur twitter, autant que je lisais clavicule etc.

Ces mots se mélangent.

Je lisais systématiquement : « canicule est venue à Paris ».

Et la dernière personne que j’ai aimée m’a demandé si ma porte était à gauche ou à droite. J’ai dit, sans réfléchir, à droite. C’était bien évidemment à gauche. Mais il aurait fallu que je réfléchisse, regarde mes mains pour être sûre. C’était trop long.

En conduite, mon moniteur disait : « T’as quoi avec ta gauche et ta droite ? »

J’ai dit : « Dis-moi, "tourne là où y a ta bague". »

C’est pas uniquement ma dyslexie qui m’a butée à l’école. Assez tôt, j’étais sur la chaise en bois, dure comme son nom, j’attendais, comme une pinte de bière, d’être bue à la lenteur des aiguilles de l’énorme horloge tout en haut du monde de notre classe qui donnait le sauvetage par le gong. Je n’ai pas haï tous mes profs. J’en détestais pas mal. Surtout deux comme je disais, je diffame avec joie leurs noms, Monsieur Pierre Gilles, la pute Risson, et l’énorme grosse merde Gilberte Isoar. Elle, j’irai pisser sur sa tombe.

Ils supportaient pas que j’aille mal, que j’étais ce que j’étais, et c’était pareil pour les copains qui allaient mal, qui essayaient d’être ce qu’ils étaient. Ils nous ont bousillés, frappés, humiliés tant de fois en trois ans, qu’adultes, on s’était retrouvés par hasard et on en avait parlé. Ils étaient tous mal, traumatisés. J’ai tellement de témoins que si cette gigantesque merde me lit, continue à te porter bien dans ton coin, car à part des excuses, ventre plat au sol, tu ferais mieux de fermer ta gueule qui a reçu beaucoup de chance dans la vie avec ce que tu as fait subir. Si tu l’ouvres, j’ouvre la menace, je t’emmènerai aussi dans un couloir, je te ferai aussi taper ton cul par terre, je te tirerai par les cheveux et je te tabasserai aussi le cul, comme tu m'as fait à Fabrigas en classe de mer, après m’avoir accusée à tort après "une perte de timbre d'un autre élève". Tu m'avais accusé à tort, je t’accuse aujourd'hui à raison.

Mais j’ai eu un CM1 et un CM2 au paradis, enfin. Tempête terminée, punition récompense de la vie, ça arrive. J’avais des potes de partout bien trop cool. Et des profs, ma mère incluse, excellents avec M. Pestre et M. Barthélemy.

Le collège, j’étais carrément plus là du tout. ****Scientifiquement, ça viendrait de ******

Au collège, les heures qui se coupent, les sacs qui se vident et se dévident m’ont laissée tomber. J’étais larguée mais vaillante jusqu’au bac. Plus tard je vivais seule, j’ai essayé. J’ai eu le bac avec mention.

Le fait de vivre, de vivre au frais, en haut d’une motte de terre rousse à Lyon, entourée des meilleures potes que j’ai jamais eues.

Alors l'orthographe pendant ces milliers d'heures vides, a regarder les montres, attendre des sonneries, avoir des profs qui laissent les nuls systématiquement au fond, avoir une tonne de dépression dans les yeux, apprendre la grammaire c'était pas possible. Pour quelqu'un qui sait la langue, la formule, la poésie, la musique ou les langues étrangères facilement j'ai passé cette étape. Entre ma faute, les fautes et les vôtres.

"L’écrit", le texte, les phrases, l'expression est venu ensuite vers mes dix ans. J’écrivais à l’envers des poèmes, des gospel, des chansons, des lois de vie, des prières.

C’était moche mais c’était là.

Je n’estime pas écrire bien, écrire droit, écrire mieux. Mais j’aime bien, j’aime écrire ce que vous ne voyez pas et ce qu’on voit ensemble.

Vous vous fichez des stars de téléréalité avec leurs dizaines de fautes à la douzaine, pourquoi ?

Être analphabète ou confus, c’est un choix pour personne.

Socialement — ********* source.

C’est vrai qu’on a tous envie de corriger les fautes qu’on voit.

Ça nous rendrait plus smart que celui qui les fait.

Mais vous faites chier un peu.

C’est peut-être tout ce que vous avez ? Une bonne orthographe ? Il en faut des gens comme vous, qui nous corrigent.

Ma mère m’a dit que je passais pour une nigaude.

J’imagine qu’on passe tous pour quelque chose.

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by sens

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