Michael Jackson, Patrick Bruel, Epstein, PPDA

Les systèmes sont pareils : tout le monde sait

Dans leurs bureaux d'édition, dans la haute tour de TF1, dans les bureaux de la rédaction Fox News, dans les bureaux de production Miramax, ils doivent bien se marrer.

Ils savent, ils planquent les manigances des patrons, ou des hommes tout simplement, pendant que nous, on se dit : "Non, non, j'y crois pas." Le système entier sait, planque les plaintes, paye les victimes pour qu'elles ferment leurs gueules. T'as certains, certains avocats, certaines secrétaires, un collaborateur à qui ça déplaît, qui s'en plaint. Il est immédiatement menacé, on le paye, on le vire. Ta gueule.

Ça marche pendant des décennies, cette pratique.

Michael Jackson : ça m'intéresse because j'étais une fan absolue, dévouée, besoin d'un idéal, d'un guide, d'un Jésus. J'ai 12 ans, mon papa m'emmène au concert d'HIStory. Pendant que son système, à lui, planquait les plaintes, des familles entières manipulées, des modes opératoires similaires, des avocats à la cour qui retournent les procès contre les mères défaillantes, un père énervé qui veut de la tune pour ses enfants. L'entreprise MJ bosse d'arrache-pied pour justifier l'alcool que le personnel aérien voit, versé dans les Coca-Cola pour les enfants, et se demande pourquoi Michael vient d'embrasser avec la langue l'un des enfants Cascio dans ce même avion ce jour-là. Des dizaines de témoignages similaires, mais non. C'est un complot. Roger Ailes, chez Fox News, c'était pareil : le service juridique, les assistantes de PDG, tout le monde est tué par le silence, les promotions (qu'on reproche aux femmes : si tu t'es allongée, fallait pas t'allonger, ou alors fallait pas accepter une promotion) ou l'argent (même équipe, même système). C'était quand même assez délibéré, soutenu massivement par Trump : "Que les femmes adorent être violées", dit-il, que les animatrices doivent avoir les jupes courtes, des cheveux blond fluo et du rouge à lèvres. Que si elles voulaient passer à la TV, c'était normal de passer dans le bureau de Roger ou Peter et de se montrer, de passer un peu plus de temps dans ce bureau.

"Elles le voulaient, elles le savaient très bien." C'est marrant, c'est pas ce qu'elles disent. C'est marrant, elles ne sont jamais devenues de grandes présentatrices après s'être plaintes. Comme si c'était intolérable, encore, de vouloir bosser simplement. En tant que femme, on n'est plus dans le sexisme à ce niveau. On ne se moque pas gentiment des femmes à la pause café, qu'elles sont dans un monde d'hommes et on leur fait payer "gentiment" d'exister dans le monde du travail. Le bureau de Roger Ailes, de PPDA, c'est des bureaux-féminicides. PPDA, on connaît les témoignages, c'est la même chose : "Il est trop puissant pour avoir besoin de ça, ça impressionne les femmes, il n'a pas besoin de forcer." Ou encore, à Fox News : "Il n'a pas besoin de violer, les femmes s'allongent par plaisir ou pour obtenir une promo." Mais... ce n'est pas ce qu'elles disent pourtant ? Ah bon ? Mais elles mentent, non ? Non. Elles sont 40 à témoigner, 13 à porter plainte ; même mode opératoire encore et encore pour commettre ces crimes. Elles ne réclament pas de promo ou une fortune, elles veulent être reconnues par la justice.

Pourquoi ? Parce que pour se reconstruire après un viol, on a besoin de justice. Patrick Bruel, après 30 plaintes, des méthodes barbares, on se demande toujours ce qu'il fout chez lui, peinard, sur scène (à l'heure où est écrit l'article), car il s'agirait de protéger un peu les gens (pardon, les femmes). Mais pareil : avocats, managers, gardes du corps ou quoi que ce soit protégeaient le chanteur du dimanche. Apparemment, c'est mieux de garder son taf et des albums médiocres pour le label d'un ancien bellâtre que de défendre une femme qui vient de passer un moment qui va la bousiller pour la vie. Ceux qui protègent ce système, qui négocient ou défendent à la cour les accusés, font partie du problème, font partie des agresseurs. Attendez bien : ceux qui défendent les agresseurs, qui en défendent un peu trop, sont eux-mêmes des agresseurs. On peut se poser des questions, s'éduquer un peu, sortir des phrases et des préjugés colonisants, mais défendre à un certain point : on fait pareil.

Les systèmes sont les mêmes, ce ne sont pas des ratés, des exceptions, des salariées affamées pour se coucher sur le sofa du bureau pour obtenir une promo, des enfants qui aimaient la célébrité et dominés par leurs parents, ou qui aimaient Michael eux-mêmes et aimaient être amoureux de lui (commentaires Twitter). Roger Ailes, c'était un système juridique et de direction, de CA, qui faisait du chiffre, qui savait tous ce que "Roger" faisait. Les Murdoch le savaient aussi. Le service juridique signait des contrats avec les animatrices, les secrétaires, les pigistes, les bookeuses, les journalistes. Pour qu'elles ferment leurs gueules. Michael Jackson : même système juridique. Michael Jackson se protégeait un peu plus, c'était moins flagrant que le bureau de Roger Ailes ou PPDA. Mais les yeux traînaient.

On se bat tous les jours, en ce moment, avec les fans qui le défendent quoi qu'il arrive, surtout après le film, après les nouveaux documentaires. Des féministes le défendent encore aussi.Mais le système était bien là, les viols ont eu lieu, ont été commis. Ce n'est pas mon opinion, c'est bien celle de dizaines de victimes. Le système et l'opinion fanatique ont protégé Jackson pendant des décennies. La parole, les preuves, on s'en fout : les meilleurs avocats de Californie, habitués à ce genre d'affaires, débineront chaque témoin, chaque victime et chaque preuve, pour en faire le procès de la victime. On proclamera un "non guilty" basé sur des jurys populaires, fans, qui ont dit clairement : "On ne met pas Michael Jackson en taule." Même procédé dans le mode opératoire, ils ont la même façon d'agresser, de manipuler, de mordre, de payer leurs victimes. Et ces victimes ne se sont pas rencontrées avant de témoigner pour se raconter les modes opératoires ; elles n'ont rien lu, ni pu lire ou entendre avant que tout n'éclate en même temps.cIls ont simplement la même façon de violer leurs victimes.

Et d'humilier, d'humilier, longtemps.

by sens

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