Mes Fautes


Scolarité excusée, les fautes sont là, parfois trop, parfois pas tellement. il y a toujours une raison. Est-ce que faire des fautes d'orthographes est si grave, est-ce ma cervelle molle qui n'est pas assez hydratée, ..fainéante ? On n'en a entendu des conneries.
J’ai appris à lire avec un Monsieur Jarjat. J’ai appris assez vite, pas aussi vite que Monsieur Pagnol, mais c’est venu flex. Je lisais « vite », j'écoutais mes histoires dans les livres, j'ai tout retenu. L’écriture, je ne me souviens plus. Je suivais bien les cours, j’étais en dernière année de maternelle, je connaissais mon calendrier, les couleurs. Les maths, je crois que je n’ai jamais compris pourquoi un et un font deux et pas 11.
Mais les trois années qui ont suivi, j’ai été lourdée par deux instits. Lourdée par des trucs que je vivais aussi. Des fois, je me perdais dans mon village et j’essayais de faire des bêtises que je n’ai jamais faites, je dormais plus avant d'aller à l'école, mais ça arrivait déjà bien avant les deux tarés. Je savais pas trop pourquoi j’allais pas bien.
C’est pas uniquement ma dyslexie qui m’a butée à l’école. Assez tôt, j’étais sur la chaise en bois, dure comme son nom, j’attendais, comme une pinte de bière, d’être bue à la lenteur des aiguilles de l’énorme horloge tout en haut du monde de notre classe qui donnait le sauvetage par le gong. Je n’ai pas haï tous mes profs. J’en détestais pas mal. Surtout deux dont je diffame avec joie leurs noms de nouveau, Monsieur Pierre Gilles, la pute Risson, et l’énorme grosse merde Gilberte Isoard. Elle, j’irai pisser sur sa tombe, chier dessus, et j'irai sûrement en prison pour l'avoir brûlé en prime, surtout si je l'écris ici. J’ai continué à écrire des mots et des lettres, mais la troisième année avec Gilberte, j'écoutais plus ce qu'on disait et ce que je lisais.
Pierre-Gilles était sûrement terrorisé par son métier. Peut-être aussi qu'il était-il heureux d'être l'autorité suprême, sans savoir que l'autorité ne se gagne jamais sur des enfants dotés de l'innocence absolue. Pierre-Gilles n'a jamais appris qu'on ne s'attaque pas « à plus petit que soi ». L'autorité et la puissance dont il avait besoin étaient en train de détruire tout ce qu'il avait en lui, et tous ces enfants qu'il ne supportaient pas. Il ne supportait pas que j’aille mal, que j’étais ce que j’étais, et c’était pareil pour les copains qui allaient mal, qui essayaient d’être ce qu’ils étaient. Ils nous ont bousillés, frappés, humiliés tant de fois en trois ans, qu’adultes, on s’était retrouvés par hasard et on en avait parlé. Ils étaient tous mal, traumatisés.
Je me souviens qu'il me regardait de loin, sans arrêt. En dessin une fois, je coloriais un Père Noël de merde. Le rouge était trop gras, il faisait des traces. J'ai commencé à pleurer. Je pleurais souvent, même avant qu'il n'arrive, je savais que si je faisais mal ou bien, je sentais le moment arriver, n'importe quand. Et il arrivait, alors il se mettait à parler fort. Il me tirait les oreilles. Hop, une targette sur la tête, il tirait les cheveux, les oreilles, ma mère m'avait parlé d'un dictionnaire, je m'en souviens plus bien et il disait les trucs les plus humiliants, les plus durs, les plus fort pendant le plus longtemps qu'il trouvait des conneries à dire. Toute la classe ne supportait pas ce qu'il faisait, mais on me demandait à moi de ne pas pleurer. On me demandait de ne pas être la pleureuse, parce que tout le monde savait que ça l'excitait.
Il restait planté près de mon bureau en bois jusqu'à ce que ma peur de lui s'installe pour trois jours, je supportais plus aller à l'école, quel intérêt ? À la récréation, je n'arrivais plus à avancer dans ce carré noir enfermé par un grillage. J'arrachais les feuilles du lilas et j'attendais. Ça a duré 2 ans.
Il était beau gosse, P-G. Il avait un côté Smaïn des années 1980 : veste en cuir, chemise à carreaux. Il avait un beau sourire. Une dureté dans les yeux naturelle, un truc secret, méchant et comme son nom l'indique, Risson.
Je me demande toujours pourquoi on devient comme ça. Que doivent vivre ces gens pour avoir besoin de transmettre, sans fin, l'héritage de leur bêtise ? Quel âge a-t-il aujourd'hui ? A-t-il été heureux dans sa vie ? Je ne sais pas si Julien, Thomas, Galhite sont allés le voir, demander des explications et raconter des histoires qui ressembleraient aux miennes, car ils me racontaient les mêmes. Julien m'a dit qu'il y pensait encore. Je ne sais pas avec qui, ni comment, ni jusqu'à quel point Pierre-Gilles était violent jusqu'a l'âge adolescent et jusqu'a ce que Julien m'en parle et les autres ensuite.
L'histoire des baffes qui n'auraient jamais tué personne... Mes enfants, les baffes ne viennent jamais seules. Elles sont accompagnées de haine, de mépris, de domination, de perversité. Elles portent avec elles un héritage de violence, transmis de génération en génération, une bêtise punitive infligée aux enfants. Figurez-vous que je crois en la violence. Quand elle se venge. La violence contre un enfant, quand on ne sait pas faire autrement, est le visage d'une faiblesse absolue qui vient évidement aussi de son vécu, de son milieu, de son besoin de butter. Une faiblesse qui laisse des traumatismes immenses. Pierre-Giles n'est pas le seul responsable de mes fautes ni de mes ralentissements de vie. Mais je retrouverai sa tombe, un jour.
À un moment de ma lecture, arrivée avec Gilberte Isoard arrivée en CE2, j’étais incapable d’écouter ce que je lisais. Je croyais que tout le monde était comme ça. À la BCD, on lisait un truc à la con, elle me demandait : « T’as lu quoi, là ? De quoi ça parle ? » « Mais qu’est-ce que j’en sais ma go ??? J’ai lu, je peux pas écouter. » Je savais pas que ça s’appelait la dyslexie.
Pour moi, c’était une excuse aux profs de merde et une vie aléatoire qu’on colle aux cons. PEUT-ÊTRE que la dyslexie se développe avec un trauma scolaire et qu'elle n'est pas liée à un retard ou une DYSCONNEXION de naissance, mais les neurologues psychiatres trop lents ne sont pas encore assez approché de cette théorie. Pourtant on a vu sur des centaines de cas que, l'autisme, la bi-polarité, Alzheimer, l'épilepsie peuvent largement se developper avec un trauma grave, la barbarie, l'inceste, les viols très jeune, la maltraitance en enfance etc.
Je passais entre les gouttières de ces lignes, pourtant mon graphisme m’a rattrapée, j’ai compris le truc et j’ai fini par avoir une écriture sympa.
Les notes de musique, je les reconnais de loin et de près, je lis facilement la musique, les notes sont là, elles.
Aussi, mais je lis plusieurs fois « clavicule », « canicule » et « clivant ». C'était marrant sur twitter pendant le buzz invraisemblable de "Clavicule", (le masculinistes en vadrouille à Paris). Son nom ressortait systématiquement en canicule, car je lisais souvent canicule sur twitter, autant que je lisais clavicule même calvitie etc.
Ces mots se mélangent.
Je lisais systématiquement : « canicule est venue à Paris » et je me demandais pourquoi il avait une calvitie.
La dernière personne que j’ai aimée m’a demandé si ma porte était à gauche ou à droite. J’ai dit, sans réfléchir, à droite. C’était bien évidemment à gauche. Mais il aurait fallu que je réfléchisse, regarde mes mains pour être sûre. C’était trop long, à un moment où j'étais stressé de le voir, j'ai écrit trop vite mon message.
En conduite, mon moniteur disait : « T’as quoi avec ta gauche et ta droite ? »
J’ai dit : « Dis-moi, "tourne là où y a ma bague". »
J’ai tellement de témoins et de victimes aussi pour Gilberte que si cette gigantesque merde me lit, continue à te porter bien dans ton coin, car à part des excuses, ventre plat au sol, tu ferais mieux de fermer ta gueule qui a reçu beaucoup de chance dans la vie avec ce que tu as fait subir. Si tu l’ouvres, j’ouvre la menace, je t’emmènerai aussi dans un couloir, je te ferai aussi taper ton cul par terre sur les marches de l'escalier, je te tirerai aussi par les cheveux et je te tabasserai aussi le cul, comme fait à Fabrigas en classe de mer, après m’avoir accusée à tort pour "une perte de timbre d'un autre élève". Tu m'avais accusé à tort, je t’accuse aujourd'hui à raison. L'apprentissange pendant cette année, je me souviens de rien. Que dalle. Je regardais l'heure, encore et toujours, qu'elle soit grosse horloge noir et blanche là-haut, qu'elle soit au poignet de ma copine et ensuite j'essayais de regarder la feuille de Mélanie à côté qui l'a cachait avec un classeur. Je prenais la parole elle prenait aussi plaisir à démolir chaque mots, m'accuser de mentir ou de dire faux même si je disais vrai, et je disais vrai et hop les larmes. Même chose, les copains me demandaient de ne pas pleurer.
Mais j’ai eu un CM1 et un CM2 au paradis, enfin. Tempête terminée, punition récompense de la vie, ça arrive. J’avais des potes de partout bien trop cool. Et des profs, ma mère incluse, excellents avec M. Pestre et M. Barthélemy.
Le collège, j’étais carrément plus là du tout. D'autres chose dans la vie personnelle sont arrivées.
Au collège, les heures qui se coupent, les sacs qui se vident et se dévident m’ont laissée tomber. J’étais larguée mais vaillante jusqu’au bac. Plus tard je vivais seule, j’ai essayé. J’ai eu le bac avec mention.
Le fait de vivre, de vivre au frais, en haut d’une motte de terre rousse à Lyon, entourée des meilleures potes que j’ai jamais eues.
Mais l'orthographe pendant ces milliers d'heures vides, les mêmes montres, attendre des sonneries, avoir des profs qui laissent les nuls systématiquement au fond, avoir une tonne de dépression dans les yeux, apprendre la grammaire c'était pas possible. Pour quelqu'un qui sait la langue, la formule, la poésie, la musique ou les langues étrangères facilement j'ai passé cette étape. Entre ma faute, les fautes et les vôtres.
"L’écrit", le texte, les phrases, l'expression sont venus vers mes dix ans. J’écrivais à l’envers des poèmes, des gospel, des chansons, des lois de vie, des prières.
C’était moche mais j'aimais bien un truc dans l'expression, dans la parole secrète.
Je n’estime pas écrire bien, écrire droit, écrire mieux. Mais j’aime bien, j’aime écrire ce que vous ne voyez pas et ce qu’on voit ensemble.
Vous vous fichez des stars de téléréalité avec leurs dizaines de fautes à la douzaine, pourquoi ?
Être analphabète ou confus, c’est un choix pour personne.
Socialement —"Cette manière de procéder a hélas des conséquences négatives car nous n’attirons plus assez l’attention des élèves sur l’importance sociale de la correction orthographique, et nous faisons comme si l’orthographe était un point secondaire non discriminant. Or, tant sur le plan professionnel que personnel, « il est pénalisant d’avoir une mauvaise ortho-graphe ». En effet, parce que « des compétences orthographiques non maitrisées génèrent des conséquences négatives pour les organisations, notamment des couts en termes de qualité et d’image perçues par les partenaires, pouvant altérer leur confiance et même leurs intentions d’achat » et que les erreurs d’orthographe « sont également à l’origine de couts parfois difficilement visibles et chiffrables tels que le surtemps consacré à la révision de documents…"
(cairn.info)
"Les Français ont une relation passionnée avec l’orthographe. Près de neuf personnes sur dix se disent choquées quand elles repèrent une erreur dans un courrier administratif ou professionnel, selon une enquête Ipsos pour les Editions le Robert, menée dans le cadre du lancement du Robert correcteur, ce jeudi.
Les Français maîtrisent paradoxalement de moins en moins bien notre langue. Le nombre de faute par dictée est par exemple passé de 10.7 en 1987 à 14.7 en 2007, selon une note du ministère de l’Éducation nationale. 84 % des Français sont gênés lorsqu’ils font une faute d’orthographe et pensent que cela ternit leur image. Car le «tabou de l’orthographe n’est pas encore tombé», estime Alain Rey, linguiste, lexicographe, et figure emblématique de la rédaction des dictionnaires Le Robert." (https://zupdeco.org/blog/lorthographe-est-un-marqueur-social/)
C’est vrai qu’on a tous envie de corriger les fautes qu’on voit.
Ça nous rendrait plus smart que celui qui les fait.
Mais vous faites chier un peu.
C’est peut-être tout ce que vous avez ? Une bonne orthographe ? Il en faut des gens comme vous, qui nous corrigent.
Ma mère m’a dit que je passais pour une nigaude.
J’imagine qu’on passe tous pour quelque chose.
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by sens
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