"Pas de Prise de Tête"

Les hommes : « Je déteste le drame. » Aussi les hommes : triangles amoureux, bébés secrets, une femme, une maîtresse, une ex encore dans le tableau, des miettes, et une valise entière de traumatismes non guéris". @itsnwts on twitter

ll m’avait écrit ça dans les premiers messages : « Je ne veux pas de prise de tête ». Toi, tu dis : « Ça veut dire quoi ? » « Rien, je veux juste pas de prise de tête, c'est tout », me répondit-il.

Mais comment donc ? C’est marqué sur mon profil « Risque de folledingue ? » Je ne savais pas comment prévoir de ne pas lui prendre la tête, très franchement, dès le départ.

J’avais mal jugé la situation, de deux choses étaient bien l’une seule : soit il était traumatisé par une ex folle, mais on sait pourquoi elles deviennent « folles ». Soit le mec impose ses règles, ses drames à lui et toi TU. DIS. RIEN.

Dans mon monde à moi, je ne me suis pas posé ces questions. Je fais connaissance avec un type moyen sur Adopte un Mec, je parle avec lui en onomatopées : "Ça va ?" "Hen Hen" », « ok », « ah ». Donc là j'avais bon, j'étais pas en prise de tête. Les onomatopées, les small talks, ça passait. Pour se voir finalement, il imposait assez rapidement tout un tas de règles qu’il manipulait toujours avec art. Il faisait croire, il était toujours entre deux pour que tu sois obligée de le voir directement chez toi. Il manipulait merveilleusement, parce que quand tu relis la conversation, t'es incapable de dire si c'est obligatoire de se voir chez toi, si effectivement c'est venu naturellement dans la conversation ou s'il imposait carrément sa membrane gauche sur mon lit. T'avais jamais de réponse à rien, t'étais dans un flou déjà construit. Et il te fait croire, parce que tu veux pas aller chez toi direct, que « t'es prise de tête ». C’est lui qui était dans une prise de tête machiavélique. Pour ne pas se faire choper dans ses dramas, pour boire un verre avec lui il faut : qu’il ait l’air de vouloir boire un verre dehors mais que ça n’arrive pas, il faut qu’il puisse venir uniquement chez moi mais que je ne m’en rende donc pas compte, il ne faut pas qu’on le voie se garer en bas de chez moi, il faut me faire croire qu’il s’intéresse sérieusement à moi et même temps que je sache que ce n’est pas très sérieux.

J’avais craqué sur sa face rose finalement quand je l’ai vu, quelle que soit la façon dont il a réussi à arriver chez moi un soir. J'étais prête à parier que c'était bien moi qui voulais qu'il vienne chez moi direct alors qu'il avait manipuler (encore) deux jours de négociation, finalement l'air de rien, il était arrivé chez moi. On a juste discuté. À la fin de "ce rendez-vous", il m'a embrassé longtemps, je l'ai prise dans mes bras. Je suis partie dans un autre monde, les oreilles bouchées vers le soleil, vers une terrasse qui n'existe pas en Italie, vers Rome, où Roméo m'écouterait chanter, où une fontaine coulerait, avec une odeur de crème glacée. Il était dans ma bouche et j'ai supplié l'Italie qu'on ne l'en laisse jamais partir. Comment il n'a pas pu voir ? Comment il n'a pas tout compris à ce moment là ? On parlait de choses importantes et absolument pas utiles, j'aurais pu lui faire un cours sur le 11 novembre, où il me disait que je devrais regarder certains documentaires, je répondais comme une godiche, malade, ivre, bête. Tu comprends, la meuf elle est amoureuse je peux pas tout expliquer.

J’avais pas configuré la réciprocité, j’étais dans ma crème glacée, j’ai complètement oublié qu’il ne fallait pas que je me prenne la tête.

Encore cette histoire de tête. « J’ai pas trop le temps, je suis en formation deux semaines là, j’ai pas trop la tête à t’envoyer des messages », m'a t'il dit, juste après cette première soirée. Pour poser les billes de suite sur le fait qu'il ne sera jamais disponible pour toi complètement, sauf s'il le décide, par-ci, par-là. J’ai dit ok, j’ai compris. Jamais de la vie je n’ai pensé le relancer ou avoir envie d’autre chose parce que. J’étais déçue, j’étais sur mon truc rose en Italie, mais je suis passée. J'ai laissé tomber l'Italie.

Mais ma pauvre fille, ma tête était prise, ma tête qu’il ne fallait pas que je prenne, sa tête qu’il ne fallait surtout pas prendre, c’était trop tard. Parce que leurs cervelles sont empoisonnées, leurs situations sont tellement fucked up que quoi que tu dises, t’es prise par un bordel de situations et de manipulation mentale où tu peux pas rationaliser. Tu te crois loin de ça et passé à autre chose. Et trois semaines après, il m’envoie : « tu fais quoi ? » Tard le soir un vendredi. Ça y est, le « par-ci, par-là » commence. T'es déjà insulté par ce seul message mais il ne faut rien dire. Les messages tard, on sait tous ce que ça veut dire. « Je me fais chier, j'ai envie de niquer ». Mais fallait pas que je me prenne la tête, même s'il venait de me la couronner de pute gratuite, il fallait que je reste coooooool. Et figurez-vous, c'est ce que j'ai fait. Et je me suis dit, je m’ennuie, j’ai envie de m’amuser, c’est samedi. Et je veux que ce soit l'après-midi, pas à minuit. Il a accepté, je me suis dit, bon pas si prise de tête finalement le garçon. Voyons le moment présent se dérouler sans passé, sans futur. Il est venu après un détartrage de messages et de négociations taquines et de négociations pour se voir uniquement chez moi, encore. Chez moi c'était petit, un peu cocon de chat routier, toujours dehors mais qui vient juste voir s'il y a de la bouffe dans le frigo. Mon lit était au milieu d'une pièce, et quand les gens venaient, j'avais l'impression qu'ils venaient me visiter comme à l'hôpital sans protection hygiénique, dans mon intimité médicale. J'ai juste compris encore qu'il fallait accepter sa complexité, sa merde et se taire encore, ici se taire qu'il avait sûrement une meuf, ou plein de meufs, ou pas du tout mais en tous cas, la sienne, ce ne sera pas moi. J'ai accepté plus ou moins. Je voulais m'amuser ce jour-là. Vraiment. La suite des échanges était chiante et toujours cette limite qui n'est jamais claire. "J'ai passé un bon moment, je t'appelle, j'ai du boulot", "oui on va se voir mais là j'ai des clients..etc"

Un jour il m'a envoyé « On ne voulait pas la même chose ». Il reprenait mes termes à moi quand je le repoussais et que je lui disais qu'il fallait arrêter : « on ne veut pas la même chose », lui avais-je dit. Avant qu'on "arrête", il vociférait, jurait qu'il n'était pas un monstre, que je me trompais sur lui, qu'il voulait me prouver que c'était pas un fou, que je pouvais lui faire confiance. Il me disait : « si tu le dis qu'on veut pas la même chose ». Pour me laisser dans le flou encore. Finalement pour me ressortir cette phrase quand il avait le dessus. C'est dur à expliquer ici, à faire comprendre une manipulation. Un désordre de situations. Mais la vérité c'est que dans les rapports humains, ce n'est jamais clair. Quand quelqu'un vous chope sur une appli, vous propose un verre, on vous dit « pas de prise de tête », on peut passer les six prochains mois à interpréter ce que ça voulait dire.

Dans un récent débat, j'ai vu des fous se dire que si les femmes vont sur internet, elles ne doivent pas s'étonner d'être sexualisées très vite. Qu'après trois échanges on a le droit à : « T'as pas des photos en maillot de bain ? » ; « T'es habillée comment là ? » ; « Ah tu prends ta douche, t'es coquine toi ! ». On s'offusque d'être sexualisées sur-le-champ, mais cette limite est variable pour tout le monde, ce consentement interminable est illimité, il forme des débats pendant des assises, pendant des dîners. Qui a tort ? Qui a raison ? Moi je ne voulais vraiment pas me prendre la tête. (je répète l'expression exprès). J'avais pas les moyens d'aller au resto, ni de lui offrir tous les week-ends une bouteille, un buffet campagnard, des chips. J'avais pas les moyens de racheter de la lingerie ou des capotes, j'avais rien. Et ce mec n'était pas là que pour tout prendre. Donc ils vous hyper-sexualise, en vous traitant de folle, et vous prennent tout.

Sachez une chose, c'est ceux qui lèvent les mains en l'air en disant : « je ne voulais pas me prendre la tête ». Sont coupables de se la prendre et de la prendre aux autres.

J’ai plus voulu le voir pendant un bon moment. Lui a réussi à me faire croire que c’est moi qui le suppliais, alors qu’au bilan il ne lâchait rien, lui qui relance, lui qui prend, il n’a jamais assez de problèmes, jamais assez de drama et il vous dit plus tard que vous êtes une névrose. Il avait imaginé une machination. Une domination. Une utilisation de moi. Un protocole tellement ficelé que son but à lui, c’était que je sois dominée. Que je devienne chiante, questionnante, amoureuse, que je sois à genoux, que j’accepte. Que je gueule. Que je sois insupportable. Tout était fait pour ça. J'aurais pu dire : j'ai choisi de pas aller trop loin avec lui, je suis tombée amoureuse, pas lui. Bon. Jusque-là c'est des choses qui arrivent. Mais je me suis souvenu qu'effectivement il ne lâchait rien, il me poussait à faire des déclarations sur mes sentiments, il disait avoir les mêmes, il s'offusquait quand je répondais pas, ou quand je répondais "ok" simplement. Je ne suis pas d'accord avec ça. Je suis pas d'accord qu'on mente pour obtenir du sexe. Je suis pas d'accord qu'il me mente des années pour obtenir une « relation légère » avec moi, qu'il n'ait jamais avoué être en couple, qu'il n'ait jamais dit : « ma grosse, je veux rien de toi mais je veux te niquer de temps en temps dans ton lit, avec tes capotes et si t'as un verre de vin et une clope à me filer c'est cool et surtout m'emmerde jamais ». Jamais il a été clair comme ça et vous vous dites "ben heureusement". Ça aurait été violent et il aurait jamais pu me rencontrer. Ben oui, ça aurait été mieux.

J'accepte pas trop. Parce que lui c'était : « laisse-moi te prouver, il y avait un truc entre nous, je peux pas te dire que je t'aimais pas, j'ai passé un bon moment, laisse-moi te voir, accepte-moi, je me mets à découvert, jamais je ne rappelle pas les meufs après avoir couché avec ». J'en passe. Ça m'écoeure le coeur, c'était un abus. C'était bien ma responsabilité de vouloir aller plus loin avec lui et lui non, mais oui, il a tout fait pour que je me laisse un peu aller. Ils sont dans 40 mensonges différents, ils tiennent des comptes et des bilans sanguins toutes les semaines. Ils ont des vies de psychopathes mais ils t’envahissent avec des « je veux pas de folles ». Le Dr Jean-Charles Bouchoux disait : « ils inversent les folies, ils rendent leurs partenaires fous pour qu’ils aient l'air moins fous eux-mêmes ». Clairement son besoin de domination, de mensonges, de bazars pornographiques pour adolescents, j’avais presque de la peine pour lui s’il ne m’en avait pas tant fait à moi-même.

Mais il a essayé de revenir pendant encore un an. À chaque fois que je m’énervais il faisait en sorte que je me sente, moi, en demande. Alors que c’était terminé pour moi explicitement, sans prise de tête. Ils arrivent à te faire croire que c’est toi. À chaque fois. C’est toi qui. C’est de ta faute s’il veut pas boire un verre, s'il est en couple finalement alors qu’il jurait que non. « tu te fais tellement d’idées sur moi » ; « pas du tout, j’ai juste beaucoup de travail » ; « tu sais, je trouve que tu crées des trucs pour rien ». C’est de ta faute s'il ne lâche pas l’affaire pendant des mois, des années, s’il te file les miettes.

Et d’un coup tu sais... un truc qui t’est pas venu, que t’avais pas envisagé. Il ne t’aime pas. C’était évident, tu le savais, tu savais très bien, t’es pas idiote. Mais dans la vérité il y avait bien le micro-espoir, un inconscient qui te faisait croire, un peu, que c'est normal, les relations au début sont lentes parfois, il te le disait lui-même sans arrêt : « je bosse beaucoup ». « Sois patiente ». « J'arrive ». Même si toi tu sais plus trop ce que tu voulais avec lui, tu commences à plus rien vouloir, il t’a fait croire que c’était tout ce que tu voulais mais lui non.

Et un jour tu te rends compte que c'était un fou qui ne t'aimait pas. T’as des gens, ils veulent que tu prennes toutes leurs saloperies pour te tuer avec. T’étais pas une meuf sympa et cool avec qui passer de bons moments. T’étais qu’une pute qu’il fallait rendre dingue.

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by sens

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